Les chutes du Carbet sont trois cascades de la rivière du Grand Carbet, en Guadeloupe, sur la commune de Capesterre-Belle-Eau. Chaque randonnée a sa difficulté : 1 h 30 aller-retour pour la deuxième chute, trois heures et 500 mètres de dénivelé pour la plus haute, accès interdit au pied de la troisième.
Ce qu'il faut retenir
- Une seule des trois randonnées est facile : celle de la deuxième chute, 1,4 km aller-retour sur un sentier entièrement rénové, en forêt, au cœur du Parc national de la Guadeloupe.
- La première chute est la plus haute et la plus exigeante : 4,8 km, plus de 500 mètres de dénivelé positif, trois heures de marche et un terrain non aménagé.
- Le dernier tronçon du sentier de la troisième chute est interdit par arrêté municipal depuis 2008, après un éboulement survenu à côté de la cascade.
- Le point de départ commun aux deux premières chutes est l'aire d'accueil de Saint-Sauveur, en forêt, à une dizaine de kilomètres de la route nationale par la D4. Le parking y est payant, et le sentier balisé part du parc de stationnement.
Les trois chutes du Carbet, et le sentier qui mène à chacune
La rivière du Grand Carbet prend sa source sur le flanc est de la Soufrière, le volcan qui domine le sud de Basse-Terre. Ses eaux sulfureuses franchissent trois ressauts successifs avant de rejoindre l'Atlantique, onze kilomètres plus bas. Ce sont ces trois ressauts que l'on appelle les chutes du Carbet, et ils n'ont ni la même hauteur, ni la même fréquentation, ni la même difficulté d'accès.
Le nom vient des Amérindiens. Un village composé de carbets, ces grandes cases ouvertes qui servaient d'abris, était installé non loin de l'embouchure de la rivière. Le mot a désigné le village, puis la rivière, puis les cascades. La tradition rapporte aussi que Christophe Colomb, débarquant en Guadeloupe en novembre 1493, aurait aperçu les deux premières chutes depuis le rivage de Capesterre. Le fait est repris par le Parc national lui-même, sans qu'aucune source de première main ne permette de le tenir pour acquis.
| Cascade | Hauteur | Durée aller-retour | Dénivelé | Difficulté |
|---|---|---|---|---|
| Première chute | 115 à 125 m | 3 h, 4,8 km | +504 m | Difficile |
| Deuxième chute | 110 m | 45 min à 1 h 30, 1,4 km | +71 m | Facile |
| Troisième chute | 20 m | 1 h 30 par les Routhiers | Faible | Moyenne, accès final interdit |
Un point mérite d'être signalé avant d'aller plus loin, parce qu'il revient dans presque toutes les conversations sur place : la hauteur de la première chute ne fait pas l'unanimité entre les sources officielles. Le Parc national de la Guadeloupe annonce un saut de 115 mètres en deux paliers ; le portail Rando Guadeloupe, qui publie les traces du réseau balisé, annonce 125 mètres sur trois paliers. La différence tient probablement au point bas retenu pour la mesure. Retenez la fourchette, elle suffit : c'est la plus haute cascade des Petites Antilles, et l'une des plus belles.
Accéder aux chutes du Carbet depuis la route nationale
Dix kilomètres de montée depuis Saint-Sauveur
L'accès se fait par la commune de Capesterre-Belle-Eau, sur la côte au vent de Basse-Terre. Depuis la route nationale, au niveau de Saint-Sauveur, la D4 s'enfonce vers l'intérieur des terres et grimpe sur une dizaine de kilomètres jusqu'à l'aire d'accueil. La route est étroite, sinueuse, souvent humide, et elle traverse la forêt dense : comptez large sur le temps de trajet, et sachez qu'aucune ligne de transport en commun ne dessert le site. Une voiture est en pratique indispensable.
Cette même D4 continue au-delà du parking et rejoint le Grand Étang, puis redescend vers Gourbeyre. C'est ce qui permet d'enchaîner plusieurs curiosités dans la journée sans revenir sur ses pas, et c'est une chose que la carte routière montre mieux qu'un descriptif : la meilleure façon de préparer la sortie reste de la placer sur une carte de la Guadeloupe avant de partir.
Ce que l'on trouve à l'aire d'accueil
L'aire d'accueil est le point de départ commun aux deux premières chutes. On y trouve un parking, des sanitaires, une aire de pique-nique aménagée un peu à l'écart, une boutique de souvenirs et des panneaux d'information. La gestion du parking est confiée à un concessionnaire privé, et l'accès aux services est payant. Le montant se vérifie sur place ou auprès du Parc national : c'est le genre de tarif qui bouge d'une année sur l'autre, et une valeur recopiée d'un site tiers a toutes les chances d'être périmée.
Un détail compte pour organiser sa journée : le site ferme en fin d'après-midi. Sous ces latitudes la nuit tombe vite et sans crépuscule, autour de dix-huit heures toute l'année. Partir pour la première chute après quatorze heures revient à finir la descente dans l'obscurité, sur un terrain où cela ne se fait pas.
La deuxième chute, la randonnée que presque tout le monde peut faire
C'est la plus connue des trois, et de très loin la plus fréquentée. Le sentier fait 1,4 kilomètre aller-retour pour 71 mètres de dénivelé positif, il est classé facile, et il a été entièrement rénové : marches, mains courantes, platelage sur les portions les plus humides. Le Parc national annonce 45 minutes aller-retour pour un marcheur qui ne s'arrête pas ; le réseau Rando Guadeloupe retient 1 h 30, qui correspond à la réalité d'une famille qui regarde autour d'elle et s'arrête au point de vue. Les deux chiffres sont justes, ils ne mesurent simplement pas la même chose.
Le cheminement se fait sous le couvert des arbres, dans une forêt dense humide qui reste fraîche même en milieu de journée. Il aboutit aux abords de la cascade, haute de 110 mètres, dont la masse d'eau se devine longtemps avant d'apparaître : on l'entend, puis on sent l'humidité de l'air changer, puis elle surgit d'un coup au détour du sentier. Une partie du parcours d'accueil est aménagée pour les personnes à mobilité réduite, ce qui reste rare sur un site naturel de cette nature.
À mi-chemin, un promontoire offre un point de vue sur la première et la deuxième chute à la fois, avec des panneaux d'interprétation. C'est le seul endroit du site d'où l'on voit les deux ensemble, et beaucoup de visiteurs le dépassent sans le remarquer parce qu'il est en léger retrait du sentier.
La première chute, trois heures et plus de cinq cents mètres de dénivelé
Changement complet de registre. La première chute est classée difficile par le réseau de randonnée : 4,8 kilomètres, 504 mètres de dénivelé positif et autant en descente, environ trois heures de marche effective. Le sentier n'est pas aménagé sur la plus grande partie du parcours. Il monte en forêt, franchit des passages rocheux, et devient très glissant dès qu'il a plu, c'est-à-dire souvent.
La récompense est à la mesure de l'effort. La cascade tombe sur plusieurs paliers dans un cirque fermé, et le pied de la chute forme des bassins aux teintes orangées, dues aux dépôts ferreux et sulfureux charriés par la rivière depuis les flancs du volcan. C'est cette coloration qui distingue immédiatement les photographies de la première chute de celles des deux autres.
Deux erreurs reviennent régulièrement sur cet itinéraire. La première consiste à le sous-estimer parce que la distance est courte : 4,8 kilomètres suggèrent une promenade, 504 mètres de dénivelé sur cette distance donnent une pente moyenne supérieure à vingt pour cent. La seconde consiste à l'enchaîner avec l'ascension du volcan dans la même journée. C'est possible pour un randonneur entraîné, cela reste une journée de huit à dix heures d'effort en climat tropical, et la déshydratation arrive beaucoup plus vite qu'en métropole.
La troisième chute, et le tronçon interdit depuis 2008
La troisième cascade est la plus modeste par sa taille, une vingtaine de mètres, mais elle reste impressionnante par son volume d'eau et par le bassin circulaire dans lequel elle se jette. Elle est située en dehors du cœur du Parc national, ce qui explique que sa réglementation ne soit pas la même que celle des deux autres.
Deux accès existent. Le plus court part des Routhiers, un quartier des hauteurs de Capesterre, et demande environ 1 h 30 aller-retour. Le second relie la deuxième chute à la troisième et représente cinq heures aller-retour : c'est une vraie journée de marche, rarement décrite dans les guides, et qui ne se lance pas sur un coup de tête.
Surtout, l'accès aux abords immédiats de la cascade est interdit par arrêté municipal depuis 2008, à la suite d'un éboulement survenu à côté de la chute. Le dernier tronçon de la trace, une cinquantaine de mètres, est fermé. Cette interdiction est ancienne et toujours en vigueur, et elle n'apparaît pas sur la plupart des récits de randonnée publiés en ligne, dont beaucoup sont antérieurs ou se recopient entre eux. Le bassin que montrent ces photographies n'est donc plus atteignable légalement.
C'est le point sur lequel il faut être le plus attentif : la réglementation d'un site naturel évolue, par arrêté municipal ou par décision du Parc national, après un éboulement, une crue ou un cyclone. La seule information à jour est celle affichée sur place et celle publiée par le gestionnaire. Aucune page web, y compris celle-ci, ne remplace le panneau à l'entrée du sentier.
Quelle difficulté, quel équipement, quelle saison
Le vrai facteur de difficulté n'est pas la pente
Sur le papier, 504 mètres de dénivelé sont une randonnée de demi-journée ordinaire. Sur le terrain, trois paramètres changent l'équation. L'humidité de l'air, d'abord, qui avoisine en permanence la saturation sous le couvert forestier et rend la thermorégulation beaucoup moins efficace. La pluie ensuite : le massif de la Soufrière est l'un des points les plus arrosés des Petites Antilles, et une averse peut survenir par ciel bleu. La nature du sol enfin, argileux et couvert de racines, qui devient patinoire dès les premières gouttes.
Le conseil le plus utile tient donc en une phrase : partir tôt et lever le pied. Une endurance correcte suffit pour la plus haute des trois, mais il faut l'entendre au sens d'une personne qui marche régulièrement. Les enfants s'accommodent très bien du sentier de la deuxième chute et beaucoup moins du reste. Consulter la météo de Capesterre-Belle-Eau la veille reste utile, en gardant à l'esprit qu'elle décrit le littoral et que les hauteurs reçoivent nettement davantage.
Ce qu'il faut avoir dans le sac
- Des chaussures de randonnée montantes à semelle crantée. Les baskets de ville sont la cause la plus fréquente des glissades sur ce type de terrain.
- De l'eau en quantité : un litre et demi par personne pour la première chute, davantage si l'on part en début d'après-midi.
- Une protection contre la pluie légère et respirante. Un vêtement imperméable épais est intenable à cette température.
- Un sac étanche ou une pochette pour le téléphone et les papiers, l'humidité ambiante suffisant à les abîmer.
- Un chapeau et de la crème solaire pour la partie découverte du parcours, et un répulsif pour les moustiques aux abords des bassins.
Trace GPX, dépliant et repères de navigation
Deux documents évitent bien des hésitations sur place. Le Parc national de la Guadeloupe publie un dépliant au format PDF consacré aux chutes et aux étangs, avec la description de chaque itinéraire et les temps de parcours retenus par le gestionnaire. Le portail Rando Guadeloupe permet quant à lui de télécharger la trace de chaque sentier au format GPX ou KML, et de l'embarquer sur un téléphone pour la consulter hors connexion. C'est utile ici : la couverture réseau devient nulle dès les premiers lacets de la montée, et la navigation à vue ne vaut rien sous un couvert forestier aussi dense. Le sentier de la deuxième chute est balisé et impossible à manquer ; celui qui mène à la plus haute demande un minimum d'attention aux balises, et la liaison vers la troisième davantage encore.
Baignade, bassins et prudence face aux crues
Un mot sur la baignade : elle se pratique dans certains bassins de la rivière, mais elle est déconseillée ou interdite selon les secteurs, et la température de l'eau reste fraîche malgré l'origine volcanique du cours d'eau. Le bain le plus recherché, celui de la vasque circulaire au pied de la troisième cascade, n'est justement plus accessible depuis l'arrêté de 2008. Ailleurs, se baigner suppose une vigilance réelle : les crues sont brutales et sans avertissement sur ce bassin versant, et le risque ne se voit pas depuis l'aval. On ne s'installe jamais dans le lit d'une rivière tropicale quand il pleut en amont, même si le ciel est dégagé là où l'on se trouve.
Ce que l'on croise en chemin dans la forêt tropicale humide
Le sentier des chutes traverse une forêt dense humide qui est un objet d'observation en soi, et le Parc national a jalonné le parcours de panneaux consacrés à la flore. Quatorze points d'intérêt sont ainsi signalés sur le seul itinéraire de la plus haute chute, la moitié portant sur la végétation. Le balisier, Heliconia caribaea, est la grande herbe rouge et jaune que l'on remarque en premier : de la même famille que le bananier, il peut atteindre cinq mètres et fleurit toute l'année, surtout d'avril à juin. Le framboisier montagne, Rubus rosifolius, colonise les bords du chemin jusqu'à 1 500 mètres d'altitude et donne de petits fruits rouges appréciés des oiseaux.
Plus discrète, la graine bleue montagne, Psychotria aubletiana, est un arbrisseau à fleurs blanches dont les fruits virent au bleu vif. Les arbustes que l'on appelle localement queues de rat, de la famille des Pipéracées, se reconnaissent à leur écorce noire et verruqueuse ; leurs fruits nourrissent les chauves-souris, seuls mammifères terrestres indigènes de l'archipel. Ces espèces se photographient mieux que la cascade elle-même, dont l'embrun sature vite l'objectif. Prendre le temps de lire ces panneaux transforme une marche d'approche en découverte, et c'est précisément ce qui distingue ce site des autres cascades de l'île : ailleurs on regarde de l'eau tomber, ici on traverse d'abord une forêt d'arbres et d'herbes géantes que rien ne prépare à voir en Europe.
Six questions avant de partir aux chutes du Carbet
Quelle chute du Carbet choisir quand on n'a qu'une demi-journée ?
La deuxième, sans hésitation. Son sentier est le seul entièrement aménagé, il fait 1,4 kilomètre aller-retour pour 71 mètres de dénivelé, et il mène à une cascade de 110 mètres, soit presque la hauteur de la première. C'est le meilleur rapport entre l'effort demandé et le spectacle obtenu, et c'est aussi le seul itinéraire praticable avec de jeunes enfants.
Combien de temps faut-il pour la première chute du Carbet ?
Environ trois heures aller-retour pour 4,8 kilomètres et 504 mètres de dénivelé positif, selon le réseau Rando Guadeloupe. Le Parc national annonce trois heures depuis le parking. Il faut y ajouter le temps passé sur place et prévoir une marge si le sentier est détrempé, ce qui est le cas la plupart du temps.
Peut-on encore accéder à la troisième chute du Carbet ?
Le sentier reste ouvert, mais son dernier tronçon, une cinquantaine de mètres avant la cascade, est interdit par arrêté municipal depuis 2008 après un éboulement. On ne peut donc plus atteindre le bassin lui-même. Cette interdiction est peu relayée en ligne et surprend beaucoup de visiteurs arrivés sur place.
Les chutes du Carbet sont-elles payantes ?
La randonnée elle-même ne l'est pas, mais le stationnement et les services de l'aire d'accueil sont gérés par un concessionnaire et donnent lieu à un paiement. Les montants évoluent : ils se vérifient sur place ou auprès du Parc national de la Guadeloupe, jamais sur un site tiers.
Quelle est la meilleure période pour ces randonnées ?
Le carême, de janvier à avril, offre les sentiers les moins glissants et la meilleure visibilité. L'hivernage, de juillet à novembre, donne en revanche des cascades beaucoup plus puissantes. Il n'y a pas de saison sèche au sens strict sur ce versant : la pluie est possible toute l'année, et c'est le débit qui varie plus que la fréquence des averses.
Faut-il un guide pour les chutes du Carbet ?
Non pour les deux premières, dont les traces sont balisées et fréquentées. La liaison entre la deuxième et la troisième chute, cinq heures aller-retour en terrain isolé, se fait en revanche plus sérieusement : au minimum à plusieurs, avec une trace enregistrée et en ayant prévenu quelqu'un de son itinéraire.
Prolonger la journée : le Grand Étang et le massif de la Soufrière
La D4 qui dessert les chutes passe à quelques kilomètres du Grand Étang, un lac de forêt que l'on fait le tour en une heure trente sur un sentier facile, sans difficulté hormis quelques passages glissants. Le tour du lac se fait en boucle, ce qui change de l'aller-retour imposé par les trois cascades, et c'est une activité familiale complémentaire de la matinée passée aux chutes. Le site est aussi le départ de la trace des Étangs vers Gourbeyre, quatre heures aller-retour dans une forêt naturelle plus sauvage encore, dont peu de visiteurs profitent.
Plus à l'ouest, du côté de Saint-Claude, le massif volcanique offre l'ascension de la Soufrière et le cratère de la Citerne, un tout autre exercice mais dans le même esprit. La Citerne se gravit beaucoup plus vite que le volcan voisin et donne l'une des plus belles vues sur le sud de Basse-Terre ; la route qui y mène depuis Saint-Claude est d'ailleurs l'une des plus spectaculaires de l'archipel. L'ensemble compose l'une des plus belles concentrations d'itinéraires de l'archipel, que l'on retrouve dans la sélection des randonnées de Guadeloupe et sur les cartes IGN au 1:25 000 de Basse-Terre, indispensables dès que l'on quitte les traces balisées.
Ces itinéraires ne sont qu'une porte d'entrée. La Guadeloupe compte d'autres espaces naturels remarquables, de la Pointe des Châteaux à l'est de Grande-Terre aux plages de la côte sous le vent, et le contraste entre les deux ailes du papillon est ce qui surprend le plus les visiteurs. Découvrir l'archipel suppose d'accepter ce grand écart : la forêt humide et le volcan d'un côté, le calcaire sec et les lagons de l'autre, à moins de soixante kilomètres l'un de l'autre. Rares sont les destinations des Petites Antilles qui offrent les deux dans un espace aussi réduit.
Reste une chose que ni le tracé ni les temps de marche ne disent : les chutes du Carbet se méritent au bon moment de la journée. Tôt le matin, la lumière passe encore sous la brume qui stagne dans le cirque, la fréquentation est faible, et le grondement de la rivière s'entend depuis le parking. Deux heures plus tard, l'aire d'accueil est pleine et la brume a envahi le haut des cascades. Sur ce site plus que sur d'autres, l'heure de départ fait la différence entre une visite et un souvenir.









